Insertion professionnelle

L'insertion professionnelle des docteurs

L'insertion professionnelle des docteurs dans les disciplines de notre école doctorale (droit privé, droit public, histoire du droit, science politique, science de gestion) est variée. Si la majorité de nos doctorants ambitionne de devenir enseignant-chercheur, certains changent d'objectif en cours de thèse. Nos docteurs s'insèrent ainsi majoritairement dans l'enseignement supérieur et la recherche (ESR), dans la fonction publique (hors ESR), dans les professions libérales (avocats) et dans le secteur privé.

Nous organisons des "conférences-métiers" tout au long de l'année : ce sont des rencontres entre nos doctorants et nos jeunes docteurs insérés en dehors du milieu de l'ESR.

Les enquêtes IPDoc 2015 et 2017 du SIES77 montrent que, trois ans après l’obtention du doctorat (2014), près de 91 % des docteurs ont un emploi et que le taux d’insertion est de 85,3 % après un an. Le taux d’insertion observé en 2017 est en légère progression par rapport à celui de 2015 (pour les diplômés en 2012) qui s’élève à 90,4 % (Source : Le doctorat en France : du choix à la poursuite de carrière - 2020-114 - juillet 2020).

Témoignages de nos docteurs

Jules Lepoutre a soutenu une thèse de droit public intitulée « Nationalité et souveraineté » le 24 novembre 2018, sous la direction du professeur Xavier Vandendriessche. Il est par la suite qualifié (CNU 02) puis recruté maître de conférences à l’Université de Nice en 2019. Lauréat du concours d’agrégation de droit public en 2020, il est désormais professeur à l’Université de Corse.

 

Pourquoi avoir choisi de faire un doctorat ?

Lors de ma première année de droit, en 2008/2009, je découvrais le droit constitutionnel avec les enseignements de Luc Heuschling et Pauline Türk. C’est par ce prisme que le projet s’est formé. Les travaux dirigés que je suivais chaque semaine m’enthousiasmaient beaucoup : étudier la démocratie, le référendum, le gouvernement, etc. Je me disais alors que leur métier devait être intéressant ! Je connaissais vaguement le statut de doctorant de mes chargés de TD. De là est né, assez tôt, le projet de m’inscrire en thèse de droit public. Les années de licence et de master, avec leur lot de découvertes, ont renforcé ce désir.

 

Votre projet professionnel était-il déjà défini lorsque vous vous êtes inscrit en thèse ?

Oui absolument. Comme beaucoup de candidats au doctorat, c’est la « carrière universitaire » qui m’intéressait, autant la recherche que l’enseignement – en master 2, il me tardait surtout de devenir chargé de TD. L’existence de la « passerelle » pour rejoindre l’école des avocats me paraissait en outre une belle alternative pour faire face au risque de ne pas trouver un poste à l’Université au terme du doctorat. En 2012 déjà, on commençait à sentir qu’intégrer la carrière serait compliqué en raison d’une évolution défavorable du nombre de postes mis au concours. La situation ne s’est guère améliorée.

 

Comment avez-vous ressenti les « années thèse » ?

Globalement, ces années ont été très positives. Ce qui se dessine chez beaucoup de doctorants, c’est une véritable passion pour ce métier de jeune enseignant-chercheur. Il y a en revanche une certaine verticalité qui s’installe parfois entre les titulaires et les doctorants, particulièrement en droit, où le « statut » écrase fréquemment les relations interpersonnelles. Des liens hiérarchiques ont tendance à apparaître hors de tout rapport de travail habituel. C’est sans doute ce qui m’a le plus pesé car le désir de poursuivre la « carrière » est fréquemment lié à un certain goût pour l’indépendance professionnelle (ce que nous partageons d’ailleurs avec les avocats). Mais le collectif très fort qui se crée entre doctorants permet le plus souvent de dépasser ces difficultés. Les amitiés qui se nouent durant la thèse sont, à ce titre, spéciales et précieuses.

 

Que vous a apporté/vous apporte le doctorat dans votre vie professionnelle ? (plus-value, compétences…)

Le doctorat est une expérience à nulle autre pareil. Ces cinq années de thèse ont été pour moi d’une grande richesse. La possibilité de questionner pendant plusieurs années un sujet de recherche est une source de grands plaisirs intellectuels – mais aussi de nombreux vertiges. Il y a toutefois deux conditions à prendre très au sérieux : un financement de thèse qui permet d’être correctement rémunéré pour ce qui demeure un travail à temps plein ; de solides soutiens chez les chercheurs plus expérimentés, et en particulier le directeur ou la directrice de thèse, pour garder la tête hors de l’eau.

 

Que conseilleriez-vous aux étudiants désireux de poursuivre en doctorat ?

Sans aucun doute de sauter le pas. Le doctorat est une expérience recommandable, qu’on souhaite ou non intégrer la carrière universitaire. Mon meilleur conseil serait de prendre le temps de trouver un sujet véritablement enthousiasmant. C’est sans doute la meilleure sécurité pour tenter d’arriver jusqu’à la soutenance. L’année de master 2 est ainsi cruciale et, idéalement, les discussions avec le ou la directrice pressentie doivent être nourries. Dans cette même optique, il est intéressant de prendre des renseignements tous azimuts pour faire le choix le plus éclairé possible. Mais enfin il faut reconnaître qu’on découvre toutes les facettes de cette expérience, les plus belles comme les autres, une fois le pas franchi !

Clémence Guimont a soutenu sa thèse en science politique en décembre 2020 à l’université de Lille. Menée sous la direction d’Anne-Cécile Douillet, professeure des universités à l’université de Lille et de Pierre Mathiot, professeur des universités à Sciences Po Lille (CERAPS / CNRS UMR 8026), elle s’intitule « « Politique(s) du vivant. La fabrique territoriale des politiques de biodiversité dans le Nord-Pas-de-Calais (1992 – 2020) ». Par la suite, elle a effectué un post-doctorat à l’INRAE/ Paris Dauphine avant d’être recrutée comme maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne en septembre 2021.

 

Pourquoi avoir choisi de faire un doctorat ?

Ma principale motivation pour débuter un doctorat était due à mon vif intérêt pour les politiques environnementales. J’avais l’intuition que seule une thèse me permettrait de « creuser » de façon aussi approfondie et rigoureuse une réflexion sur ce sujet. Je ne me suis pas trompée !

 

Votre projet professionnel était-il déjà défini lorsque vous vous êtes inscrit en thèse ?

Je sentais déjà une forte appétence pour la recherche qui a été confirmée tout au long de mes 6 années de doctorat. Toutefois, au départ, je n’avais pas encore de certitude quant à mon envie de prolonger l’aventure de la recherche une fois docteure. J’ignorais aussi à cette époque que je prendrais autant de plaisir à enseigner. Cette dimension du métier m’était inconnue et elle a pourtant représenté par la suite un moteur essentiel dans la définition de mon projet professionnel.

 

Comment avez-vous ressenti les « années thèse » ?

En dehors d’une année de chômage qui m’a pesé entre l’allocation et l’Aterat, j’ai eu la chance de faire mon doctorat dans d’excellentes conditions financières (financement du Conseil régional, Aterat à temps complet, bourses pour un séjour de recherche à l’étranger). Cela m’a permis de concentrer tous mes efforts sur l’enseignement et la recherche. Il est important de souligner les conditions matérielles de mes « années thèse » car si je les ai vécues comme des années épanouissantes et stimulantes, c’est parce que j’ai pu me consacrer à mes activités doctorales en étant à l’abri de nombreuses inquiétudes.

La période la plus ardue était celle de la rédaction qui représente un effort mental et physique considérable sur un temps long. Mais même cette période m’a apporté son lot de satisfaction intellectuelle.

 

Que vous a apporté/vous apporte le doctorat dans votre vie professionnelle ? (plus-value, compétences…)

Bien sûr, le doctorat m’a apporté de nombreuses compétences en termes de capacités d’organisation et d’autonomie. En outre, j’ai maintenant de solides compétences rédactionnelles, argumentatives et je possède une connaissance approfondie de mon sujet d’étude. C’est un atout important. Mais le doctorat m’a surtout appris à me connaître et, à mes yeux, c’est tout aussi essentiel pour la suite de sa vie professionnelle. En effet, la difficulté de l’exercice oblige à prendre des risques intellectuels qu’il faut assumer et à connaître ses limites et, grâce à cela, j’ai gagné en assurance et en confiance en moi.

 

Que conseilleriez-vous aux étudiants désireux de poursuivre en doctorat ?

Évidemment ces conseils sont subjectifs et découlent de ma propre expérience, ils sont à prendre pour ce qu’ils sont. Je leur conseillerais tout d’abord d’apprendre à bien connaître les encadrants avec lesquels ils envisagent de travailler avant de s’engager avec eux, quitte à recueillir des témoignages auprès d’anciens doctorants. La relation entre le directeur et le doctorant est déterminante et joue autant sur le bien-être que sur le contenu du travail produit.

En outre, la thèse est un exercice chronophage et exigeant qui a des répercussions importantes sur la vie personnelle durant de longues années (enjeux financiers, horaires de travail qui débordent, fatigue physique…). Je pense qu’il est important de se demander dès le départ si l’on est prêt à faire ce type de sacrifice pour mener à bien l’exercice. La réponse à cette question est tout à fait personnelle mais on a parfois tendance à l’évacuer trop vite, ce qui peut engendrer de la frustration (qu’elle soit la nôtre ou celle de nos proches) au cours des années de thèse.

Christopher Chatfield a soutenu une thèse de droit public intitulée "La régionalisation sanitaire : réflexions sur un processus inabouti" le 21 septembre 2018 sous la direction de la Pr. Johanne SAISON.  Il a ensuite intégré l'Ecole Nationale de la Magistrature.

 

Pourquoi avoir choisi de faire un doctorat ?

Pour aller au bout du parcours universitaire. J’avais fait un M2 recherche, et j’aime assez écrire, réfléchir à des concepts. C’est un exercice vertigineux, un beau défi.

Mais je voulais que ce soit financé, pour avoir une sorte de légitimité, pour ne pas avoir l’impression de totalement perdre mon temps, et rendre cela un peu plus confortable.

J’ai d’abord postulé pour un contrat doctoral, que j’e n’ai pas eu. En toute honnêteté je n’ai pas tout à fait compris ce refus, donc je pense que ma volonté de poursuivre en thèse était également motivée par des considérations moins positives, liées à des blessures d’ego. Ça n’est jamais une bonne motivation.

Heureusement il s’est passé quelques temps entre ce refus et le début de ma thèse, en CIFRE, sur un sujet que j’avais choisi et proposé à la structure d’accueil. Je pense que la CIFRE est vraiment un mode de financement intéressant. Cela donne l’impression d’être moins seul face à ses recherches, même si ça contribue à éloigner un peu de l’université (ce qui n’a pas que des inconvénients). Cela permet également de ne pas faire que ça et de développer son expérience et ses contacts.

Il faut toutefois être prêt à jongler de l’un à l’autre, ce qui peut être assez difficile à gérer, et qui est un risque manifeste pour les travaux de recherche. Il faut également avoir à l’esprit que la temporalité de ce mode de financement n’est pas vraiment pensée pour la temporalité des recherches en droit, et plus largement en sciences sociales.

 

Votre projet professionnel était-il déjà défini lorsque vous vous êtes inscrit en thèse ?

Pas du tout, les portes étaient assez largement ouvertes. J’avais en tête la passerelle de l’intégration à l’Ecole nationale de magistrature (qui est toutefois très loin d’être si simple que ça) et au fait que la thèse me permettrait d’y postuler, étant donné que j’avais déjà deux masters. Bref, rien n’était figé, l’idée était d’ouvrir des portes potentielles.

Je pense toutefois qu’il est important de se projeter sur l’après dès le début. Il ne s’agit pas d’avoir de certitudes, mais d’envisager et d’anticiper les possibilités.

 

Comment avez-vous ressenti les « années thèse » ?

C’est un parcours long et difficile, il ne faut pas se leurrer. C’est long, c’est abstrait, personne dans l’entourage ne comprend vraiment ce qu’on fait, surtout en droit, et il est parfois difficile soi-même de répondre à la question. On est un peu seul face à cela.

Être en thèse est assez mobilisant, même si l’on ne fait rien et que ça n’avance pas. On y pense, on se dit que ça n’avance pas, on ressasse… Bref, il faut être préparé à cela, à avoir toujours sa thèse dans un coin de la tête.

Et un moment il faut rédiger. Cela permet de voir les choses avancer, de se dire qu’on va en voir le bout, c’est important, et c’est satisfaisant. Je pense que c’est le seul moyen. Même si tout n’est pas prêt, même si tout n’est pas bien bordé, il faut y aller.

Il faut aussi savoir s’enlever de la pression : on ne va pas complètement changer la face du monde, il vaut peut-être mieux finir que de s’imposer des objectifs inatteignables.

 

Que vous a apporté/vous apporte le doctorat dans votre vie professionnelle ? (plus-value, compétences…)

Une forme de confiance en moi, une capacité à se dire que rien n’est insurmontable. Des compétences de rédaction bien entendu.
En ce qui me concerne ça m’a ouvert des portes au sein du tribunal judiciaire, puis de l’ENM. Cela n’est donc pas perdu.

J’ai même récemment été contacté par une structure intéressée par mes travaux.

Quelqu’un, de son propre chef, a trouvé ma thèse, l’a lue, et a trouvé cela intéressant pour son activité professionnelle. C’est peu de chose, mais ça fait tout de même plaisir.

 

Que conseilleriez-vous aux étudiants désireux de poursuivre en doctorat ?

De savoir pourquoi on y va, de bien avoir en tête que ce sera long, plus long que prévu, plus long que l’on ne pense. De faire un état des lieux auprès des proches, les prévenir de ce qui les attend. Se sentir soutenu c’est important.

D’essayer de trouver un financement, cela me semble tout de même très difficile et contraignant sans.

De faire attention à ne pas se laisser manger par sa thèse, arriver à faire autre chose, à se détendre, à lâcher prise.

Et un moment, pas trop tard, s’atteler à la rédaction.